L’Ère des Murs

Les victimes du changement climatique dans l'enfer des hommes

L’Ère des Murs L’Ère des Murs
Quand j’ai parlé pour la première fois aux trois Honduriens dans la gare de la ville de Tenosique au Sud du Mexique, je n’avais... L’Ère des Murs

Quand j’ai parlé pour la première fois aux trois Honduriens dans la gare de la ville de Tenosique au Sud du Mexique, je n’avais aucune idée qu’il s’agissait de réfugiés climatiques. Nous étions à 30km de la frontière avec le Guatemala, dans une gare de triage où les réfugiés d’Amérique Centrale se rassemblent souvent pour embarquer dans La Bestia, le surnommé donné au train qui s’est montré si dangereux pour ceux qui remontent au Nord vers les États-Unis.

Les hommes se cachent quand un véhicule de l’armée mexicaine avec ses soldats cagoulés et lourdement armés passe à proximité. Étant donné les pressions  américaines sur le Mexique pour renforcer sa frontière sud, il est possible que des agents américains aient formé ces soldats. Dès qu’ils sont partis, les Honduriens me disent qu’ils sont coincés ici depuis six jours. La nuit dernière ils ont tenté d’aborder La Bestia, mais le train était trop rapide.

Quand je leur demande pourquoi ils se dirigent vers les États-Unis, l’un d’entre eux répond simplement «No hubo lluvia» «pas de pluie». Dans leur communauté, en l’absence de pluie il n’y avait pas eu de champs, de récolte ni de nourriture pour leurs familles, un phénomène de plus en plus courant en Amérique Centrale. En 2015, 400 000 personnes avaient semé en attendant une pluie qui n’est jamais venue dans le «corridor de la sécheresse» hondurien.

Comme dans bon nombre d’endroits sur Terre dans ce siècle, ce qui vint à la place fût une sécheresse extrême qui les a privé de leurs moyens de subsistance.

En Amérique Centrale ceci n’a rien d’anormal. Non seulement la région a subi des sécheresses estivales aggravées, mais aussi, selon les meilleures prévisions, une «bien plus grande occurrence des saisons très sèches» est à prévoir dans son futur. L’Amérique Centrale est particulièrement vulnérable au changement climatique comme me l’a dit Chris Castro, hydrologue et professeur de sciences atmosphériques de l’Université de l’Arizona.

Sur cet isthme, le bouleversement des saisons, et une combinaison mortelle d’ouragans et de sécheresses frappent des populations déjà précaires économiquement et politiquement. Au Honduras, plus de 76% de la population vit dans une situation d’extrême pauvreté.

La détérioration du climat à venir va seulement empirer cela, où comme le dit Castro, il s’agira d’une situation globale dans laquelle «la sécheresse et la pluie torrentielle se renforcent, le riche s’enrichit, le pauvre s’appauvrit. Tout devient plus extrême».

Parler à ces fermiers dans la gare de triage à Tenosique ressemblait à une suite du film La Route, où un père et son fils marchent à travers une Amérique du Nord apocalyptique après un cataclysme inconnu. En réalité j’étais juste dans une zone marginalisée de l’Anthropocène, cette nouvelle ère géologique caractérisée par l’activité humaine comme force dominant le climat et l’environnement.

Ces jeunes fermiers sans armes et sans récoltes sont maintenant confrontés au seul accueil que l’on peut offrir pour ces victimes du changement climatique: l’extension de la surveillance des frontières, des murs de barbelés, des armes et des centres de détention.

A mesure qu’ils remontent vers le Nord, ils auront à éviter encore plus de patrouilles de police et de militaires, tout en souffrant de la faim, de la soif et de la douloureuse séparation de leurs familles. Ils devront éviter les barrages routiers sans fin, que Fray Tómas González Castillo, directeur d’un centre d’accueil pour migrants à Tenosique considère comme presque «impossibles» à éviter, alors qu’en parallèle le crime organisé contrôle les trains.

Une telle situation est loin d’être endémique à la zone frontalière guatemalto-mexicaine ou à son équivalent américano-mexicain. On peut penser à la frontière maritime entre l’Afrique du Nord et l’Union Européenne, ou même la frontière jordanienne où l’on  tire  sur «tout ce qui bouge» venant de Syrie, comme un officier jordanien sous couvert d’anonymat nous l’a confié. La Syrie est un de ces  endroits  où l’impact toujours plus fort du changement climatique, des migrations et d’une frontière imperméable se télescopent.

Au nom de la sécurité nationale on se laisse aller à la colère contre les déplacés toujours plus nombreux dans le monde, renforçant le fossé entre les gens en sécurité et les gens  dépossédés. Que ce soit au Mexique ou en Méditerranée, comme de plus en plus d’êtres humains se trouvent déracinés loin de leurs maisons et désespérés, de telles dynamiques vont aller en s’intensifiant dans les décennies à venir.

Dans ce processus, la géopolitique et la géographie mondiales sont en recomposition. Il ne s’agit pas seulement de Donald Trump. Partout sur la planète, il semble que nous entrions dans l’Ère des Murs.

En-tête – La frontière américano-mexicaine à Nogales. Photo via Wikipedia. Au dessus – un fermer hondurien. Photo du Catholic Relief Service

Les déplacés

Selon le Centre de Surveillance des Déplacements Internes, «l’impact et la menace des risques liés au changement climatique» a déplacé en moyenne 21,5 millions de personnes annuellement entre 2008 et 2015. L’impact grandissant de l’Anthropocène — intensification des sécheresses, montée des eaux, tempêtes de grande ampleur — s’ajoute déjà à d’autres facteurs dont la pauvreté, la guerre, les persécutions qui ont déstabilisé un nombre record de personnes ces dernière années.

Bien que nombre de déplacés restent proches de leur domicile, en espérant sauver leur vie et leurs moyens de subsistance, toujours plus traversent les frontières dans ce que beaucoup appellent maintenant une crise migratoire.

«Une convergence catastrophique», c’est le terme que le sociologue Christian Parenti utilise pour décrire ces tourments du XXIème siècle, car plusieurs de ces facteurs se combinent et déplacent un nombre effarant de réfugiés. Selon Camilla Minerva d’Oxfam «les plus pauvres et les plus marginalisés sont cinq fois plus susceptibles d’être déplacés et pour une durée plus longue que les personnes venant de pays à hauts revenus, ce qui se renforce avec le changement climatique».

Bien que les chiffres soient souvent débattus, le Haut Commissariat des Nations Unies aux Refugiés avance que le dérèglement climatique aura  déplacé 250 millions de personnes en 2050. Le centre de surveillance des déplacements internes estime ce chiffre entre 150 et 350 millions à l’horizon 2050.

Pour rendre compte des effets du réchauffement climatique qui affectent Mexico, Michael Kimmelman, architecture au New York Times citait un rapport suggérant que le chiffre pourrait être bien plus élevé, pour atteindre possiblement 700 millions, et qu’en 2050 10% des Mexicains entre 15 et 65 ans pourraient se diriger vers le Nord à cause de l’augmentation des températures, des sécheresses et des inondations.

«Bien que le nombre exact de personnes en mouvement au milieu du siècle soit incertain» écrivent les auteurs du rapport “In Search of Shelter: Mapping the Effects of Climate Change on Human Migration and Displacement” (cartographie des effets du changement climatique sur les migrations et les déplacements humains) «les perspectives et l’échelle pourraient largement dépasser tout ce qui a précédé».

Il y a aussi la triste réalité du moment: face à de tels développements, le monde est remarquablement impréparé. Il n’y a pas de cadre légal pour traiter des réfugiés climatiques, que ce soit dans le droit international ou les lois de chaque pays. La seule exception possible est le «special refugee visa» néo-zélandais pour un petit nombre d’habitants des îles du Pacifique chassés par la montée des eaux

Les seuls préparatifs pour un tel monde sont sinistre/obscènes. Des murs et la technologie de surveillance qui va avec. La plupart des réfugiés climatiques qui voyagent sans autorisation buttent tôt au tard contre les murs et les gardes armés présents pour les repousser.

Si les États-Unis et l’Union Européenne sont leur destination, la moindre porte d’entrée pour ces migrants sera verrouillée par des pays qui sont historiquement les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, et qui sont donc les plus impliqués dans le changement climatique. Entre 1850 et 2011, les États-Unis ont été responsables de 27% des émissions mondiales, et les pays de l’UE 25%.

Des hommes de l’U.S. Air Force construisent un mur à la frontière américaine. Photo U.S. Air Force

Le marché florissant des murs

Je n’ai aucune idée de ce que ces trois fermiers sont devenus après notre brève rencontre à Tenosique. Cependant j’ai eu une pensée pour eux quelques mois plus tard, quand 1000km plus au Nord, sous un arbre/arbuste MESQUITE au nord du Mexique, se trouvait une bouteille en plastique avec quelques gouttes d’eau à l’intérieur. Quelqu’un l’avait laissée en traversant vers les États-Unis.

C’était à l’Est d’Agua Prieta, dans l’Etat de Sonora, à tout juste 10 mètres de la frontière américaine. Je pouvais clairement voir la barrière et un agent américain dans un véhicule rayé vert qui me regardait en retour de l’autre coté de la démarcation.

A un demi kilomètre de là où je me tenais, je pouvais aussi discerner une tour de surveillance, une des 52 plateformes de surveillance high-tech construites dans les deux dernières années au Sud de l’Arizona par la compagnie israélienne Elbit Systems. Puisque les caméras de cette tour sont capables de repérer des objets et des humains à 11km de distance, j’avais peu de doutes sur le fait que les agents du centre de contrôle et de commandement voisin m’observaient aussi.

Là-bas ils avaient aussi accès au flux vidéo des drones Predator B, utilisés auparavant dans les champs de bataille du Moyen Orient, mais volant désormais pour des missions de surveillance dans le ciel au dessus de la frontière. Il y avait aussi les alarmes de milliers de capteurs de mouvement implantés dans toute la zone de la frontière, qui sonnent si vous vous aventurez à traverser la démarcation.

Quinze ans auparavant, peu de tout cela existait. Maintenant toute la région, et cela avant l’élection de Donald Trump, est devenue de facto une zone de guerre . Les réfugiés climatiques ayant tracé leur route à travers les barrages et les dangers mexicains pénètrent dans une terre où des personnes sans papiers sont traquées avec des moyens de haute technologie, chassées, arrêtées, incarcérées et expulsées, parfois avec une insondable cruauté.

Pour un agent de la frontière, les circonstances qui président au voyage de ces trois fermiers honduriens n’importent pas. Une seule chose compte, non pas comment ou pourquoi vous êtes venu, mais si vous êtes aux États-Unis sans les papiers nécessaires.

Le changement climatique, l’augmentation des migrations, et le renforcement des frontières sont trois phénomènes liés qui garantissent un dénouement explosif durant ce siècle. Aux États-Unis, le budget annuel pour la politique d’immigration a décuplé, de 1,5 milliard de dollars dans les années 1990 à 20 milliards en 2017, un chiffre qui représente le budget combiné des douanes, de l’immigration et des forces de police dédiées.

Durant cette période, le nombre d’agents à la frontière a quintuplé, 1100 kilomètres de murs et de barrières ont été construits, et des milliards de dollars de technologie ont été déployés dans la région frontalière.

Une telle fortification de la frontière n’est pas un phénomène uniquement américain. En 1988, quand le Mur de Berlin est tombé, il y avait 15 autres murs frontaliers dans le monde. Maintenant, selon la spécialiste académique des questions frontalières Elisabeth Vallet, il y en a 70 autres. Ces murs sont généralement érigés entre les pays riches et les pays pauvres, entre ceux qui ont une lourde empreinte carbone et ceux plongés, selon Parenti, dans la « convergence catastrophique » des crises politiques, économiques et écologiques. Ceci est vrai pour les Amériques, l’Afrique, le Moyen Orient et l’Asie.

Comme le  montre Paul Currion, même certaines nations qui sont riches seulement par contraste ont construit de tels murs, souvent sous la pression et avec une  aide financière considérable. Prenons l’exemple turc. Sa nouvelle «frontière intelligente» avec la Syrie frappée par la sécheresse et emmêlée dans les conflits est un des nombreux exemples mondiaux.

Elle a dispose maintenant d’une tour tous les 300m, d’un système d’alarme trilingue et de zones de tir automatiques sécurisées par des drones. «il semble que nous soyons entrés dans une nouvelle course aux armements» écrit Currion, « une course adaptée à la guerre asymmétrique, avec des murs à la place des missiles »

L’Inde construit un mur d’acier sur le tracé de sa longue frontière avec le Bangladesh, un pays qui est supposé produire des millions de déplacés dans les décennies à venir à cause de la hausse du niveau des mers et de l’augmentation du nombre de tempêtes. Dans ces années marquées par les déplacements de populations dus aux guerres au Moyen Orient et en Afrique, les pays d’Europe ont aussi renforcé leurs frontières, avec des budgets 50 fois supérieurs à ce qu’ils étaient en 2005

Les tendances sont déjà claires: le monde sera de plus en plus divisé en zones frontalières hautement surveillées. Les projections montrent que le marché global des frontières et de la sécurité nationale explose déjà sur l’ensemble de la planète. Le marché de la sécurité devrait doubler entre 2011 et 2011, de 305 milliards de dollars à 546 milliards.

Et sans surprise, le secteur lié aux catastrophes climatiques est sur le point de dépasser les 150 milliards de dollars annuels.

Drone Predator des douanes américaines. Photo U.S. Air force

Le changement climatique comme menace pour la sécurité nationale

Ne vous contentez pas d’écouter mes prédictions pour les frontières de cette planète. Considérez aussi les prévisions de l’armée américaine et du Département de la sécurité du Territoire. La reconnaissance de ce futur emmuré est apparue pour la première fois dans un rapport commandé par le Pentagone en 2003: “An Abrupt Climate Scenario and Its Implications for United States National Security” (un scénario climatique abrupt et ses implications pour la sécurité nationales des États-Unis), lequel avait déjà des tonalités trumpiennes.

Les États-Unis et l’Australie vont probablement fortifier le pourtour de leur pays étant donné qu’ils ont les ressources et les réserves pour assurer leur autonomie. Les frontières seront renforcées pour maintenir à distance les migrants affamés des îles caribéennes, (un problème particulièrement violent) du Mexique et d’Amérique du Sud.

Le fait d’identifier les Caraïbes comme particulièrement vulnérables depuis une décennie et demi se justifie en cette année marquée par les tempêtes Irma et Maria qui ont laissé Porto Rico et les Îles Vierges en ruines? Et l’île de Barbuda «éteinte».

Alors que l’administration Trump nettoie les sites gouvernementaux et les politiques de toute trace du changement climatique, d’autres organes du gouvernement sont encore occupées par sa préparation, plutôt que de nier son existence. Au Pentagone et au Département de la Sécurité du Territoire, le changement climatique est vu comme un «multiplicateur de menaces» dont il faut tenir compte à long terme, ce qui ne devrait surprendre personne. Après tout l’horizon pour la planification de la sécurité nationale peut être de 30ans.

Il faut parfois tout ce temps pour que des systèmes d’armes aillent «de la planche à dessin au champ de bataille» selon l’ancien adjoint au Secrétaire d’État Kurt Campbell, contributeur pour “Climatic Cataclysm: The Foreign Policy and National Security Implications of Climate Change” (Cataclysme Climatique : Les implications pour la politique étrangère et la sécurité nationale du changement climatique) un rapport de 2008 coordonné par le Center for a New American Security (Centre pour une nouvelle sécurité américaine) et le Center For Strategic and International Studies (Centre d’études stratégiques et internationales).

Contrairement au président et aux directeurs actuels de la Protection Environnementale et du Département de l’Énergie, les spécialistes de l’armée américaine et du Département de la sécurité du territoire sont peu susceptibles de nier le consensus de 97% des scientifiques sur le changement climatique, Campbell écrit dans Climatic Cataclysm que les perspectives sont «effarantes» vu le «simple nombre de personnes déplacées».

Dans un document sur les conséquences d’un possible réchauffement de 2,6 degrés en 2040, Leon Fuerth, ancien conseiller à la sécurité d’Al Gore concluait que les «problématiques frontalières» dépasseraient les capacités américaines «au delà de la possibilité d’un contrôle, excepté par des méthodes drastiques, et peut être même dans ce cas».

En 2009, l’administration Obama considérait le changement climatique comme une des menaces principales pour la sécurité américaine. Ce qui a amené le Pentagone et le Département de la Sécurité du Territoire à préparer des feuilles de route et des  plans d’action adaptés au changement climatique. En 2014 le DST ajoutait le changement climatique à son plan quadriennal pour la sécurité du territoire, son principal document public.

Durant une audition du Congrès en 2015, Thomas Smith, un des auteurs de ce rapport, a témoigné du fait que le dérèglement climatique était «un des domaines à risque majeurs pour la sécurité du territoire» et que «des sécheresses sévères plus fréquentes et des tempêtes tropicales, particulièrement au Mexique, en Amérique Centrale et aux Caraïbes pourrait accroître les mouvements de populations légaux et illégaux dirigés vers les États-Unis ou passant sur leur territoire».

En d’autres termes, pas besoin de se tourner vers des militants et des experts du changement climatique comme Bill McKibben ou Naomi Klein pour comprendre pourquoi les sécheresses en Amérique Centrale empirent et pourquoi ces trois fermiers honduriens étaient dans cette gare de triage. Le Département de la Sécurité du Territoire avait prévu tout cela.

Les hommes du DST comme ceux du Pentagone, ont saisi ce qui arrive, et vont l’accueillir avec ce qu’ils savent faire, ce que Donald Trump lui-même approuverait s’il n’ignorait pas le phénomène potentiellement le plus dévastateur sur cette planète. Des frontières renforcées, un contrôle biométrique orwellien et des système de surveillance de haute technologie.

En d’autres termes, ils attendent les victimes du réchauffement climatique avec un enfer humain.

Vous repensez à cette bouteille d’eau sous cer arbuste près de la frontière? Je la trouve lors d’une visite par Juan Manuel Pérez, le chef de projet de Cuenca Los Ojos, une organisation dédiée à la préservation et à restauration de la diversité biologique le long de cette frontière. J’y suis pour voir un projet de récolte d’eau.

Mais d’abord Pérez m’emmène à un endroit où une portion de mur construite par les douanes américaines s’est effondrée comme une ruine ancienne. Ce mur a été emporté en territoire mexicain en 2014 par des pluies torrentielle, alors que la fin de l’ouragan Odile frappait les montagnes du Chiricahua à L’Est de l’Arizona.

Maintenant la Terre dévore la carcasse de cet ancien mur, ces centaines de kilos de métal. Trois ans après avoir été déposé là, ce morceau de mur est déjà partiellement recouvert de terre. Des fleurs violettes bourgeonnent à travers ses crevasses. En me rapprochant assez je vois des araignées pendues à leurs toiles. Si les restes de ces infrastructures frontalières à 20 milliards de dollars étaient laissés à leur sort, voilà ce qu’ils deviendraient. Voila comment la Terre les accueilleraient.

De là je peux voir où le Département de la Sécurité du Territoire a construit une nouvelle barrière pour remplacer celle détruite. A coté, le même véhicule de patrouille se tient immobile et cette même tour de surveillance se découpe au loin, tous font partie d’une tentative désespérée de maintenir à distance cette « convergence catastrophique », pour éviter aux ouragans et aux réfugiés climatiques qui vont avec de parvenir aux États-Unis.

A proximité je vois aussi ce que Pérez appelle des gabions: des cages en acier remplies de pierres ancrées dans le lit d’une rivière du coté mexicain. Ils sont là pour ralentir l’eau pendant la saison des pluies estivales, pour que le sol puisse l’absorber. Ils font remarquablement bien leur travail, dans ce territoire aride, au milieu de 15ans de sécheresse, le niveau d’eau est monté de 10 mètres.

Pour moi c’est un miracle

Les plantes locales repoussent, tout comme les pins du désert ? L’eau revenue, sans respect pour les frontière ou les gardes, commence à remplir la nappe phréatique du coté de l’Arizona et l’eau apparaît à des endroits où l’on n’a jamais vu cela. Peu importe que les rapports indiquent que le manque d’eau en Amérique Centrale sera un facteur alimentant le dérèglement climatique et les migrations grandissantes. C’était certainement le cas pour les fermiers honduriens.

Mais ici, ces cages ancrées dans cette rivière asséchée ramènent l’eau à des endroits où elle était devenue rare. De mon point de vue dans ce paysage frontalier, ces cages rocailleuses ressemblent à un complexe mur de pierres gravées. C’est une illusion étrange et cela me fait penser que dans un monde de murs hostiles et repoussants pour tout le monde, peut être qu’il s’agit du vrai mur dont nous avons besoin, dont la planète a besoin, quelque chose qui nous mènerait vers un monde meilleur et pas désespérément pire.

Todd Miller a écrit sur l’immigration pour The New York Times, Al-Jazeera America et le rapport NACLA sur les Amériques. Son nouveau livre Storming the Wall: Climate Change, Migration, and Homeland Security (City Lights Books) vient d’être publié. Vous pouvez le suivre sur Twitter (@memomiller) et voir son travail en langue originale sur toddmillerwriter.com. Contenu produit originellement pour TomDispatch.

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