L’émergence d’un nouvel État au Yemen

La situation s'accélère après le putsch d'Aden

L’émergence d’un nouvel État au Yemen L’émergence d’un nouvel État au Yemen

WIB politics February 9, 2018 0

Un nouveau pays commence à émerger du chaos et de la confusion dans la guerre civile yéménite. Le coup d’Etat à Aden fin janvier... L’émergence d’un nouvel État au Yemen

Un nouveau pays commence à émerger du chaos et de la confusion dans la guerre civile yéménite. Le coup d’Etat à Aden fin janvier 2018 semble accélérer le processus.

Le Yémen moderne trouve ses racines dans la période de 1990 à 1994, quand le Nord soutenu par les Saoudiens et le Sud aidé par l’URSS et Cuba ont été réunis de force. Le Yémen unifié était dominé par le Clan du président Ali Adballah Saleh.

Bien qu’il ait nommé vice-président un natif du Sud du pays (le major général Abdrabbuh Mansur Hadi, formé en URSS), Ali Abdallah Saleh dirigeait le pays comme une entreprise familiale. Il a nommé son fils, ses neveux, des membres de sa famille et de son clan à toutes les positions importantes de l’État et de l’armée.

Tout le pouvoir et la majorité du développement se concentraient autour de Sanaa, et les fidèles de Saleh avaient la haute main sur les affaires de l’État.

Saleh et son clan dénigraient les sudistes en les traitant d’« Erythréens » et d’« Indiens », en effet Aden est principalement peuplée d’anciens travailleurs étrangers arrivés à l’époque de la colonisation britannique. Ils discriminaient aussi de nombreux habitants du Nord, traitant les chiites zaydites d’« arriérés ».

Saleh était soutenu par l’Arabie Saoudite, mais seulement jusqu’à un certain point. Comme ces derniers voulaient convertir les Yéménites au wahhabisme, mais aussi disposer d’un plan B en cas de perte de contrôle de Saleh, ils financèrent les mouvements salafistes yéménites. Cela inclut le parti Islah, souvent considéré comme le pendant yéménite des Frères Musulmans.

Saleh coopérait initialement avec les salafistes et en nomma certains dans des positions secondaires. En peu de temps, leur influence grandissante devint un sujet particulièrement préoccupant pour lui.

Au milieu des années 2000, Saleh entra en conflit avec un mouvement de jeunesse zaydite, bientôt connu sous le nom de Houthi. Pour le combattre, les militaires yéménites déployèrent des unités majoritairement affiliées au parti Islah. Pendant un temps la guerre renforça Saleh, d’autant plus que les deux camps subirent de lourdes pertes.

Quand l’Arabie Saoudite rejoint le conflit en 2009, les services de renseignement yéménites essayèrent à plusieurs reprises d’assassiner son principal adversaires, le major général Ali Mohsen al-Ahmar affilié au parti Islah, en utilisant les frappes aériennes saoudiennes.

L’armée yéménite était profondément divisée, ce qui devint évident quand Saleh démissionna de force en 2011. Le nouveau président Hadi lance de profondes réformes dans l’armée et les institutions pour se débarrasser des fidèles de Saleh.

Ses réformes se retournent contre lui, en 2014 la quasi totalité de l’armée se mutine. D’autres unités, en particulier dans l’armée de l’air, étaient toujours commandées par des membres du clan de l’ancien président.

La même année, l’Arabie Saoudite place les Frères Musulmans dans la liste des organisations terroristes, cessant ainsi de soutenir le bloc d’alliance centré sur le parti Islah.

Les Houthis profitent du chaos pour avancer sans résistance dans la capitale yéménite en septembre 2014. Dans un élan d’opportunisme, Saleh se range à leurs cotés et forme un coalition qui regroupe 60% de l’armée yéménite.

Le reste de l’armée et du pays suivent le mouvement. Les unités d’al-Ahmar s’allient ouvertement au Parti Islah. Seul quelques unités soutiennent Hadi qui a toujours souffert d’un déficit de popularité.

En-tête: un MRAP des forces de sécurité soutenues par les Émirats avançant contre les loyalistes. Ci-dessus: soldats de la garde présidentielles d’Hadi captifs à Aden crédit photo: A.M.

De plus, quand la coalition Houti-Saleh avance dans le Sud du pays en mars 2015, diverses unités locales de l’armée s’allient à des forces locales, toutes dominées par les séparatistes du Sud.

C’est dans ce contexte que l’Arabie Saoudite crée une alliance de pays arabes et lance une intervention militaire au Yémen.

Les opérations menées par les Saoudiens sont couronnées de succès. après trois mois de raids aériens, les Saoudiens, les Emiratis et leurs alliés occupent Aden et repoussent les Houthis vers le Nord. En Septembre 2015 ils ont repris tout l’ancien Yémen du Sud et une partie du centre pour le compte du gouvernement Hadi.

Mais les forces de la coalitions arabe totalisent 40 000 hommes … Contre 200 000 pour l’alliance Houthi-Saleh. Aucune force de police locale n’est en mesure de sécuriser les zones sur les arrières des forces de la coalition saoudienne.

Le résultat est un éclatement du Sud du pays entre différents groupes, dont al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA), et les séparatistes. Cette situation n’est dans l’intérêt de personne, et la coalition doit stopper son avance pour aider à la création d’un nouvel État yéménite.

Dès lors, les politiques saoudiennes et émiraties s’entravent mutuellement.

Voyant qu’Hadi ne bénéficie toujours d’aucun soutien, les Saoudiens renoncent à leur décision au sujet des Frères Musulmans. En effet, al-Ahmar est nommé ministre de la défense du gouvernement d’Hadi, ce qui range théoriquement toutes les unités affiliés au parti Islah du coté des loyalistes.

Au contraire, les Emiratis intensifient leur coopération avec les sudistes, en particulier les séparatistes et la confédération Hadramawt. Ils passent les années 2016 et 2017 à combattre AQPA avec leurs alliés. Pour renforcer leur position dans le Sud ils créent le Conseil de Transition du Sud, un nouveau gouvernement de facto au Sud-Yémen.

Sans surprise vu leurs objectifs divergeants, les deux blocs étaient en désaccord depuis longtemps. Leurs différences amènent un nouveau coup d’Etat contre le gouvernement Hadi à Aden en janvier 2018.

A cause de leur insistance à faire reconnaître Hadi comme président légitime du Yémen, ni les Saoudien ni les Emiratis n’étaient en position favorable pour abandonner le gouvernement officiel. Ainsi, et en dépit des succès de la coalition soutenue par les Emirats, on peut s’attendre à un brusque retour à la situation telle qu’elle était avant le putsch.

La seule différence serait que les loyalistes d’Hadi n’auraient plus aucun pouvoir effectif à Aden.

Le résultats final pourrait être la création d’un État comparable au Somaliland: un Yémen du Sud aidé par les Émirats Arabes Unis, allié indirectement aux Etats-Unis mais non reconnu par les autres puissances.

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